Vendredi 6 novembre 2009 5 06 11 2009 19:41

La Chronique de Mouzon, un document irremplaçable

sur les Ardennes de l'An Mil


 

Comme source informative sur les Ardennes d'il y a un millénaire, nous avons la chance de disposer d’un document tout à fait exceptionnel, communément désigné sous le nom de Chronique de Mouzon . Magistralement éditée par Michel Bur, ancien professeur d’histoire du Moyen Age à l’Université de Nancy II et aujourd'hui membre de l'Institut, ( * ) elle fournit en effet quelques éclairages , certes limités, mais essentiels, sur la période. Rédigée par un moine resté anonyme de l’abbaye mouzonnaise dans les années 1025-1033, elle est parvenue jusqu'à nous grâce à des copies modernes, puisque l’original a disparu.


L’oeuvre, plus correctement appelée Livre de fondation du monastère de Mouzon, se compose de trois parties très inégales, précédées d’un prologue qui précise la finalité de son auteur : « expliquer par la suite de (son) récit de si grands événements » en l’occurrence les miracles de saint Arnoul dont les reliques avaient été accueillies à Mouzon quelques décennies plus tôt.

Tout naturellement, la première partie rapporte «  la vie et la translation de saint Arnoul, martyr »  . Résumons l’histoire en quelques lignes : de retour de pèlerinage, le pauvre Arnoul est assassiné près de Gruyères par des brigands ; inhumé sous un tumulus, son souvenir est sur le point de s’effacer irrémédiablement lorsqu’il se rappelle aux habitants des environs par une série de guérisons miraculeuses ; à la suite de péripéties, les reliques passent entre les mains du comte Otton de Vermandois, qui construisait alors le château de Warcq ; mais un conflit éclate entre Otton et l’archevêque de Reims Adalbéron d’Ardenne, qui assiège et détruit la forteresse de son adversaire ; mystérieusement épargnées par les flammes, les dites reliques aboutissent tout aussi mystérieusement à Mouzon le navire qui les transporte remonte le cours de la Mause sans aucune intervention humaine...

La seconde partie est avant tout consacrée à l’?uvre réformatrice d’Adalbéron, et en particulier à la fondation de l’abbaye N.D. de Mouzon, où les moines, « sanctifiés par l’observance de la règle (de saint Benoit), prieraient la Divinité pour lui et ses prédécesseurs dans l’attente de la vie éternelle » , en lieu et place du collège de chanoines qui avaient failli à leur mission. Bien que narrative, elle renferme des considérations plus théologiques et plus politiques sur le travail accompli par l’archevêque.

Enfin , la dernière partie , beaucoup plus brève car sans doute interrompue par le décès de l’auteur   « traite des abbés (de Mouzon ) » et de leurs réalisations, avec le soutien des prélats qui ont succédé à Adalbéron, jusqu'à la mort d’Ebles en 1033 ; elle n’en comporte pas moins quelques informations particulièrement précieuses sur les premières décennies du monastère.


On s’en doute aisément, la Chronique offre de nombreux itinéraires d’exploration du monde de l’An Mil, grosso modo de 970 à 1020. Les informations livrées par l'auteur revêtent une grande solidité. Rien d'étonnant: Michel Bur a montré qu'il s'agissait d'un moine de l'abbaye de Mouzon ,  né vers 960-965 dans la région de Gruyères, entré au monastère avant 990, bon connaisseur de la ville de Reims atour de l'An Mil, et qui rédigea son oeuvre au soir de sa vie, sans doute entre 1025 et 1033.





( * ) Michel BUR, Chronique ou Livre de fondation du monastère de Mouzon, Editions du CNRS, 1989. Dans une longue introduction, l'historien analyse minutieusement l'oeuvre, cerne le profil de l'auteur resté anonyme, et étudie en détail le contexte régional et local évoqué par la Chronique

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Outils... - Communauté : Ardennes
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 11 2009 11:47

Autour de l'An Mil . Le frémissement des campagnes ardennaises .

Que les campagnes soient au centre du monde médiéval, chacun en conviendra aisément. Mais autour de l’An Mil, de quelles campagnes s’agit-il ? Il était traditionnellement admis que ce moment si commode constituait en quelque sorte le point de départ du grand essor qui allait conduire les populations à la conquête de nouveaux terroirs, et de ce fait marquait la fin des campagnes antiques, caractérisées par une situation de « pénurie » quasi chronique. Depuis, la question a été profondément renouvelée, notamment grâce aux travaux de Robert Fossier et de Pierre Bonnassié, et les belles certitudes d’autrefois ont été quelque peu mises à mal. C’était bel et bien une population en pleine expansion sur le plan démographique et en plein dynamisme au niveau économique qui allait traverser l’An Mil, même si le spectre de famine - la grande famine, particulièrement meurtrière, qui frappait en hiver, et non les disettes de « soudure » de la fin du printemps - hantait encore la vie quotidienne ; les allusions effroyables de Raoul Glaber à des pratiques anthropophagiques lors des terribles années 1005-1006 et 1032-1033 nous le rappellent ! Il n’empêche que de telles catastrophes alimentaires devenaient de plus en plus rares, et, bon an mal an, les campagnes parvenaient à nourrir ... sauf en cas de graves aléas climatiques.



Un nouveau départ ?


Qu’en était-il pour la région ardennaise ? Faute de disposer des moyens d’investigation bien connus de l’archéologie, l’historien doit s’en remettre ici à la traditionnelle documentation écrite, réduite pour l’essentiel à la Chronique de Mouzon et aux deux parties les plus récentes du Polyptyque de l’abbaye de saint-Remi de Reims, respectivement la liste des dîmes de l’abbaye de saint-Timothée datée du dernier quart du Xème siècle et, surtout, la première liste des cens, datée de la première moitié du XIème siècle et qui concerne une douzaine de localités ardennaises.

L’analyse du Polyptyque met en évidence une économie rurale a priori peu différente de celle qui existait au IXème siècle. A cette époque, Sault-Saint-Remi formait l’un des domaines les plus importants de l’abbaye rémoise (84 tenures), juste après Courtisols, dans le Châlonnais ; autour de l’An Mil, réduit, semble-t-il à 45 manses, il continuait par exemple à produire des céréales, seigle panifiable, avoine consommée en bouillie, en galettes ou en boissons fermentées - mais plus de froment (à moins que celui-ci ait été oublié par le scribe ?), du bois, du vin, de la volaille, et sans doute des porcs et bœufs - cités à Coucy, à Pont-Barà Bairon, à Viel-Saint-Remi et à Herpy. Des productions mixtes tout à fait caractéristiques des systèmes domaines carolingiens, que complétaient ici et là des cultures annexes (foin à Viel-Saint-Remi, loin à Bairon et à Pont-Bar), ainsi que des activités de transformation (moulins à Coucy et à Herpy, ou encore - et c’est plus original - ateliers de fabrication de cercles de tonneaux à Bairon). En résumé, une polyactivité fort traditionnelle, qu’il conviendrait néanmoins d’analyser un jour d’une façon plus fine, surtout par rapport à ce que l’on est susceptible de savoir des IXème et Xème siècles.

Il serait vain d’attendre des informations complémentaires significatives de la Chronique de Mouzon. Certes, note son auteur anonyme, l’abondante population (de Gruyères) s’adonnait au travail de la terre (I-4) ; certes, l’infortuné chevalier Airan perdait l’herbe et la semence de sa parcelle à cause de la divagation du bétail que l’on menait à la forêt et aux pâturages (I-6) ; mais tout cela reste fort anodin, notamment l’utilisation bien connue du saltus forestier par les troupeaux , notamment de porcs - l’archevêque Arnould allait concéder en 1015 à l’abbaye de Mouzon la dîme des porcs qui allaient paître dans la forêt d’Ardenne (III-2).


Que toutes ces productions agricoles aient intensément circuler, cela ne fait aucun doute, ne fût-ce par le biai des corvées de charrois qui acheminaient vers le monastère de Saint-Remi les ressources de ses différents domaines, comme le codifiait avec soin la première liste de cens du Polyptyque. De même que l’existence explicite de foyers d’échanges : l’anonyme de Mouzon rappelle ainsi que Guilloy, près de Warcq, était un village jadis réputé pour ses foires (I-8) ; la bourgade aujourd’hui disparue devait avoir quelque importance puisqu’elle possédait déjà sa propre église dédiée à saint Hilaire qu’allait donner en 1079 l’archevêque de Reims Manassès à l’abbaye de Saint-Hubert en Ardenne - une église à laquelle se rattachaient encore en 1184, d’après la bulle de Lucius III, les chapelles de Warcq et de Belval . Plus en amont, le roi de Germanie Henri II autorisait en 1005 l’abbé Boson de saint-Médard de Soissons à établir un marché à Donchery . Bien plus tard, après 1070, un pont et un tonlieu devaient être mis en place à Givet. Autant de signes qui témoignent de l’incontestable vitalité de l’axe mosan, ponctué, il est vrai, d’implantations humaines anciennes, de Mouzon (second siège de la cité de Reims, nota avec fierté notre chroniqueur anonyme) aux domaines carolingiens de Chooz (possession de l’abbaye de Stavelot dès 862) et de Foisches (tenu par l’abbaye de Lobbes à la même époque et au fisc déjà cité de Givet., sans oublier le castellum épiscopal de Mézières.

Que ces pôles aient dynamisé les terres environnantes ne fait guère de doute. Il serait néanmoins téméraire d’en préciser les modalités, puisque les relations villes/campagnes sont tout à fait inconnues pour la période qui nous intéresse - ne serait-ce que par notre grande ignorance de ces villes ardennaises !



Hameau ou village ?


En revanche, il semble bien que la région ardennaise ait alors connu un peuplement incontestablement très diffus, mais en cours de densification. Des sondages concernant les périodes antérieure et postérieure peuvent permettre d’avancer prudemment des hypothèses de travail globalement recevable au niveau de la répartition des hommes. A la bonne centaine de sites attestés aux VIIème/VIIIème siècles, soit par les textes, soit, le plus souvent, par l’archéologie funéraire s’ajoute au moins une soixantaine d’autres jusqu’au premier quart du XIème siècle, et même davantage en prenant en compte les toponymes non identifiés ; le total obtenu est encore loin des quelques 240 repérés à la fin du XIIème siècle, il n’empêche, ces estimations, même extrêmement approximatives, laissent bel et bien deviner un essor progressif de l’emprise humaine sur l’espace, résultat d’une réelle croissance démographique - qu’il serait illusoire de chercher à quantifier. Quant à la répartition des hommes, elle préfigure incontestablement celle que l’on va connaître au XVIIème siècle : autour de l’An Mil, les zones vides de toute occupation paraissent nettement moins nombreuses que deux siècles plus tôt.


Se pose alors la question du type d’habitat, c’est-à-dire celle du village. Eternel débat entre historiens et archéologues... Contentons-nous de rappeler ici d’une manière volontiers schématique que l’apparition des villages trouvait place dans le double contexte de l’encellulement de la paysannerie et de la prise de conscience communautaire de celle-ci. Dans cette perspective, la seule juxtaposition géographique de maisons, pour reprendre la formule d’Adriaan Verhulst, attestée pendant tout le haut Moyen Age, ni même l’organisation hiérarchisée de l’espace - que l’on a pu observé sur le site néolithique de Mairy plusieurs millénaires avant notre ère - sont suffisantes pour prétendre à l’appellation de village. L’analyse sémantique, pourtant si précieuse , s’avère ici décevante, puisque le terme fréquemment employé de villa désignait autant l’habitat domanial que villageois. Seule une approche plus globalisante peut apporter quelques éclaircissements.

Or, que constate-t-on dans la région ardennaise ? Là encore, il faut se reporter au Polyptyque et à la Chronique. La liste des dîmes de l’abbaye de saint-Timothée, incluse dans le premier document, comprend une trentaine de localités ardennaises ; une grande majorité d’entre porte des noms de villages postérieurs, et même actuels, mais deux éléments viennent fausser cette apparente concordance : tout d’abord, certains toponymes ne sont pas identifiables, ce qui signifie que malgré tous les efforts des historiens ils ne peuvent se rapporter à des localités connus, hameaux ou villages ; d’autre part, dans l’énumération figurent aussi des fermes isolées (L’Adhuy, près de Landres, par exemple). Que peut-on légitimement en déduire, si ce n’est que la réalité villageoise ne paraît pas ici clairement perçue par le rédacteur de la liste, sans doute parce que cette réalité n’était pas encore clairement inscrite dans les structures des campagnes de l’An Mil ... Dans deux cas précis, à Boulzicourt et à Manre, l’apport de l’archéologie met en lumière une discontinuité spatiale incontestable entre l’habitat carolingien et le village postérieur ; dans les deux cas, celui-ci s’est développé à l’écart de la zone d’occupation ancienne, maisons du haut Moyen Age au lieu dit Sous Châtillon , en face de la ferme récemment détruite de Ville-sur-Vence d’une part, nécropole avec chapelle funéraire sur la colline Saint-Hilaire de l’autre ; en clair, dans ces deux cas, les populations ont abandonné, soit un hameau, soit un espace sacralisé, pour s’implanter sur des sites neufs, probablement mieux adaptés aux réalités nouvelles ; et ce sont ces sites neufs qui ont perduré sans interruption jusqu'à aujourd’hui, pendant près d’un millénaire ...

D’une façon générale, si bon nombre de terroirs actuels étaient déjà humanisés autour de l’An Mil, il ne semble donc pas qu’il y ait eu pour autant une continuité spatiale dans l’occupation des campagnes ; la stabilité et la permanence de l’habitat rural n’étaient certainement pas encore véritablement assurées dans la plupart des cas, et n’allaient guère se réaliser au plus tôt qu’au cours du XIème siècle, à un moment où commençaient à se multiplier les églises de village ...

Pourtant, la documentation semble révéler quelques indices attestant une identité villageoise. L’analyse de la population de Gruyères telle qu’elle est décrite dans la Chronique de Mouzon traduit sans contredit des réactions populaires « spontanées » communautaires, notamment au moment de prendre des décisions importantes, sans que se manifeste la moindre autorité, alors qu’il existait des lignages chevaleresques ; que l’auteur anonyme ait transposé à son époque, c’est-à-dire dans le premier tiers du XIème siècle, des réalités vieilles de plusieurs générations et qu’il les ait interprétées à la lueur de schémas contemporains est une hypothèse tout à fait plausible, voire probable ; il n’empêche : Gruyères paraît bel et bien constituer , en tout cas aux lendemains de l’An Mil, une entité villageoise en devenir. Quant au Polyptyque, on y trouve la mention d’une église et d’un cimetière à Herpy : évidemment, s’il n’existe aucune preuve de continuité spatiale entre le Herpy du polyptyque et celui du XIIème siècle, il semble hautement improbable que ces deux éléments structuraux essentiels - car délimitant un espace sacralisé - aient été déménagés en quelques décennies. Ces deux indices, l’un « sociologique », l’autre plus « architectural », autorisent à penser que « quelque chose » était en train de changer, d’une façon peut-être difficilement perceptible par les contemporains, dans les campagnes ardennaises des alentours de l’An Mil .



Libres ou dépendants ?

Un changement qui affectait aussi la paysannerie. Comme le souligne Pierre Bonnassié dans un raccourci éloquent, l’An Mil est un moment de l’histoire où la condition paysanne oscille entre plusieurs potentialités . Une oscillation qui transparaît assurément de notre documentation.


La première liste de cens du Polyptyque n’offre plus, malheureusement la belle précision juridique et nominative rencontrée dans les chapitres les plus anciens. En ce qui concerne la douzaine de localités ardennaises, les références explicites au statut des hommes sont rarissimes ; tout au plus est-il question d’ agents domaniaux (ministri) à Pont-Bar, d’hôtes (hospes, tenanciers d’une hostise ?) à Herpy, de travailleurs (operari) et de mapatici (exploitants de nouvelles censives) à Sault-Saint-Remi ; quant à l’anonymat de cette main-d’œuvre, il est désormais absolu. Néanmoins, malgré les imprécisions, les liens de dépendance de la paysannerie ne font ici aucun doute, puisque redevances et corvées abondent ; le chevage, traditionnellement caractéristique du statut de serf/serve - mais qu’en était-il exactement au début du XIème siècle ? - n’est mentionné que dans deux localités, à Coucy et à Givry-sur-Aisne, ce qui ne signifie nullement qu’il ait été absent ailleurs puisque les informations se rapportant à Terron, à Chagny, à Gerson ou encore à Grandchamp paraissent manifestement incomplètes, voire tronquées.

En revanche, ce polyptyque met en lumière la diversité juridique des parcelles domaniales exploitées par ces dépendants. Une demi-douzaine de catégories peuvent être dégagées, sans que l’on sache exactement les réalités qu’elles recouvrent ; il convient cependant de remarquer que ces catégories de tenures semblent moins nombreuses qu’au IXème siècle, comme si une certaine simplification juridique était en train de s’opérer. De surcroît, quelques indices prouvent que les hommes de Saint-Remi n’étaient plus fixés à leurs tenures d’une façon définitive ; certains manses ne possédaient plus de tenanciers résidents (à Pont-Bar, 4 manses nus contre, au moins, 9 vêtus ?) ; d’autres parcelles paraissent avoir été détachées de la réserve et confiées à des dépendants, les mapatici déjà cités, contre l’acquittement de redevances. Mutations du foncier,, mutations des dépendants : les mentions d’esclaves ou d’affranchis que l’on rencontrait au IXème siècle ont disparu ; et sans doute assiste-t-on à une fusion progressive des différentes catégories de dépendants domaniaux sous l’appellation générique postérieure de serfs - il est évident que les servi du domaine royal d’Houdilcourt de 1061 n’avaient plus beaucoup de points communs avec leurs homonymes du Xème siècle. Manifestement, le système carolingien traversait, ici comme ailleurs, des moments de bouleversements essentiels qui n’allaient pas tardé à le désintégrer ; et ces bouleversés étaient déjà bien avancés autour de l’An Mil. La survivance, parfois tardive, d’une terminologie devenue depuis longtemps obsolète ne doit point faire illusion, même si l’emprise domaniale fut peut-être plus durable dans la région ardennaise à cause de l’importance des biens fonciers d’Eglise.


Les informations glanées dans le Polyptyque peuvent-elles être extrapolées à toute la paysannerie ? L’extrême prudence s’impose. De la lecture de la Chronique de Mouzon se dégage une autre vision du monde rural, qui ne paraît pas uniquement due à la forme littéraire du document, loin s’en faut. Le petit peuple de Gruyères se composait, précise son auteur, de gens riches et honorables (I-4), parmi lesquelles le chevalier Airan, un alleutier, aux pouvoirs si dérisoires qu’il dut chercher refuge dans la forêt tout proche pour échappe à la vengeance de la famille du misérable Foucher... Y vivait aussi un curé, appelé au chevet du malheureux Arnoul par les femmes de l’endroit ... Tout semble indiquer qu’il s’agissait d’une paysannerie libre, probablement maîtresse de ses alleux, en tout cas exempte de tout dépendance juridique contraignante puis que Gruyères n’avait apparemment aucun seigneur - à la différence de la villa d’Aive toute proche qui, elle, appartenait à Wazelin, un homme de guerre indifférent au bien et au mal. Cette impression de « liberté » est encore renforcée par l’analyse du vocabulaire employé pour désigner les habitants du lieu : des termes neutres, voire positifs (cives), en aucun cas péjoratifs ou dépréciateurs, à la différence des lettrés contemporains, notamment Raoul Glaber, ou encore Adalbéron de Laon pour qui les paysans se distinguaient du reste de la population par le fait qu’ ils étaient souillés par la crasse du monde (Poème au roi Robert, vers 244) .L’existence de groupes d’hommes libres à côté de la grande masse des dépendants ne serait en elle-même nullement surprenante puisque des populations d’alleutiers ont été identifiées, tant en Catalogne, en Auvergne qu’en Picardie, en particulier dans les zones colonisées, rappelle Pierre Bonnassié. Se poserait alors la double question de l’origine et du devenir... Dans le cas de Gruyères des découvertes archéologiques , certes, y furent faites en 1826 et exhumèrent des ossements humains, des vases,, des armes, de médailles romaines ; proche de la voie antique Reims/Warcq, l’endroit ne paraît pourtant pas occupé à l’époque mérovingienne et ne figure jusqu'à maintenant dans aucune source carolingienne : s’agirait-il pour autant d’un noyau de (re)colonisation ? Rien n’est moins certain ; le toponyme de Gruerias, toutefois, n’est guère antérieur à l’An Mil ; renvoyant au registre juridique forestier , il pourrait volontiers évoquer ici une entreprise de défrichement précoce. Quant aux actes postérieurs, ils n’apportent aucun éclairage, à l’exception de la mention d’un certain Ponsart de Gruyères, chevalier, au milieu du XIIème siècle  ; par la suite, la localité ne donna apparemment pas naissance à une seigneurie de village particulière puisqu’elle passa dans le patrimoine foncier de l’abbaye de Signy.


Main d’œuvre dépendante encore casée dans de structures de production carolingienne à Bairon, à Pont-Bar, à Sault-Saint-Remi ou encore à Viel-Saint-Remi, paysannerie alleutière à Gruyères... Deux facettes extrêmes des rustici ardennais de l’An Mil, alors que s’esquissait la mise en place de nouveaux rapports de force dans les campagnes.

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Pistes ... - Communauté : Ardennes
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Mardi 3 novembre 2009 2 03 11 2009 10:41

Concession de différentes aumônes par Hugues (II) de Montcornet à l'abbaye de Foigny


Date: février 1223 (nouveau style)



« Moi, Hugues de Montcornet, fais savoir à tous ceux qui verront ce présent écrit que l’abbé et le convent de Foigny, en présence des vénérables hommes l’abbé et le prieur de Saint Eloi, et le chantre de l’Eglise majeure de Noyon m’ont convoqué par apostolique autorité à cause de certains usages, droits de pâturages, aisances et autres qu’ils disaient leur avoir été concédé en aumône perpétuelle par mon père Pierre de bonne renommé ; après de nombreuses altercations, un accord est intervenu, grâce à la médiation d’hommes sages, entre moi et les dits abbé et convent . La teneur en est la suivante : les frères de Foigny pourront avoir, de droit perpétuel et de tout temps, en pâturages à l’intérieur des limites qui leur sont désignées, c’est-à-dire, en longueur, de l’entrée des bois appelé Faïel jusqu’à la Croix Alexandre, et en largeur de Hunifau jusqu’au Gué d’Hossus [vada de Houssut], 240 chevaux et 100 têtes de bétail, contre le versement annuel, à moi et à mes héritiers, de 6 deniers blancs pour chaque cheval, et de 15 deniers de Laon pour chaque autre tête de bétail ; s’il se trouve que le nombre des dits chevaux et autres animaux soit moindre, ni moi, ni mes héritiers ne pourront changer le montant, ni la qualité, de ces redevances ; ils possèderont librement et en toute quiétude ces animaux, tant chevaux qu’autres têtes de bétail, en dehors des limites qui leur ont été assignées, qui pourront pâturer sans acquitter la redevance, à travers tous mes bois, à l’exception de ce que l’on nomme habituellement les rièzes , et devront rentrer chaque nuit à l’intérieur de leur propre périmètre [de pâturage], à moins que la nécessité les obligent à rester dehors ; ils ne pourront pas pâturer dans lesdites rièzes du début du mois de mars jusqu’à la fête de saint Remi, le reste du temps, ils le pourront ;néanmoins, il leur sera permis de les traverser rapidement en cas de nécessité pour se rendre dans les zones de pâturage et en revenir sans aucune contrainte, à condition que cela ne m’occasionne pas de préjudices ; si cela se produit, le dommage me sera ensuite restituer par les frères de Foigny après estimation d’hommes sages.

Qu’il soit aussi noté que j’ai donné et concédé aux frères de Foigny dans mes rièzes, en dehors des limites définies, chaque année dix charretées de foin, de la manière dont mes hommes de corps préparent les charretées. Les frères de Foigny pourront également faucher librement à l’intérieur de leurs limites, ainsi que mes hommes s’ils le souhaitent.

Que l’on sache aussi que si le bétail de Foigny sort des bois et provoque des dégâts dans les cultures et les prés, je ne pourrai pas et je ne devrai pas capturer les animaux responsables desdits frères de Foigny, mais les dommages me seront restitué par les frères de Foigny par estimation d’hommes sages et par serment. Si quelqu’un, de mon côté, dénonce auprès des bergers de Foigny que lesdits animaux se trouvent dans des endroits où ils ne doivent pas pâturer afin qu’ils en soient chasser vers leurs pâtures, alors ils seront reconduits librement, et sans qu’il me soit permis d’en retenir par droit du seigneur.

De même, pour l’édification des maisons et pour tous les usages nécessaires, tant pour les hommes que pour les animaux, les frères de Foigny pourront, à l’intérieur des dites limites, prendre les matériaux nécessaires à tout jamais, à travers tous mes bois, selon leur propre volonté, à l’exception du bois dit d’Avioth et de la haie située près du Châtelet, derrière Rimogne et l’autre haie à côté dudit Châtelet ; pour le chauffage et autres usages il pourront y prendre le bois mort et autre bois, à l’exception du chêne, du hêtre, du frêne, du pommier, du poirier et du noisetier qu’ils ne doivent pas prendre pour le chauffage, mais pour faire les maisons.

De même, j’ai concédé et donné aux frères de Foigny une carrière, que l’on appelle aussi ardoisière, de cent pieds de front, libre et exempte de toute redevance et exaction, si on reconnaît dans toute ma seigneurie qu’il est possible d’en extraire sur une telle largeur ; si ce n’est pas possible, alors que les dits frères en acquièrent 60 pieds, et ils pourront acheter les autres 40 pieds selon l’estimation d’hommes sages , de telle sorte que j’acquitterai la terre achetée par les dits frères et ce qu’elle contient de toute redevance et exaction, et elle le restera à perpétuité. J’ai donné aussi aux dits frères de Foigny la possibilité d’avoir une terre contigüe de ladite ardoisière dans laquelle on déposera les déchets des fosses et les débris d’ardoises ; si cette parcelle ne m’appartient pas, ils pourront l’acheter et la tenir à tout jamais exempte de toute redevance et exaction. Que l’on sache aussi que les frères de Foigny pourront prendre librement dans ladite ardoisière des ardoises pour tous les besoins de l’Eglise de Foigny, pour toutes leurs maisons et leurs dépendances ; de telle sorte qu’ils pourront m’en vendre, à moins que la production soit juste suffisante pour couvrir les dépenses et (les frais) de gestion de la domesticité et de tous ceux qui résident près de l’ardoisière ; s’il arrivait, de mon vivant ou du temps de mes héritiers, que l’ardoisière fasse défaut aux frères de Foigny, ou bien qu’il soit prouvé qu’elle ait une moindre utilité, je tiens, moi et mes héritiers, à ce qu’ils puissent en acquérir une autre sur ma propre terre, selon les mêmes modalités.

De même, j’ai donné aux dits frères de Foigny un libre domaine près de ladite ardoisière suffisamment grand afin qu’ils puissent y avoir un jardin et des maisons pour l’utilité tant des convers que de la domesticité et des ouvriers qui travaillent dans ladite ardoisière ; pour l’aménagement de ce domaine, ils pourront prendre les matériaux nécessaires en toutes essences dans mes bois, selon leur désir, à l’exception du bois d’Avioth et des haies indiquées plus haut ; pour le chauffage et les autres usages, ils pourront aussi y prendre toutes les essences qu’ ils voudront, sauf du chêne, du hêtre, du frêne, du pommier, du poirier et du noisetier. Les résidents dudit domaine pourront avoir en permanence dix vaches, libres de toute redevance, qui pourront pâturer librement dans tous mes bois et sur toute ma terre là où les autres vaches pâturent ; si elles occasionnent des dégâts dans les cultures et les prés, elles ne pourront pas être prises mais le dommage sera réparé par les frères de Foigny après une estimation d’hommes sages et par serment.

J’ai concédé aussi et donné aux frères de Foigny le libre passage à travers toute l’étendue de ma terre et l’exemption des winages et des autres coutumes, les gardant eux-mêmes et leurs biens sous ma protection.

Tout ce a été fait avec l’approbation et l’assentiment de mon épouse Yolande et de mes enfants, c’est-à-dire Gilles et Pierre, Gérard et tous les autres. Afin que ces dispositions demeurent fermes et définitives, moi-même et mon fils Gilles avons renforcé cet écrit par l’apposition de nos sceaux. Donné l’an du Seigneur 1222 au mois de février. »

Source: Bibliothèque Municipale de Reims, ms 1563, cartulaire de l'abbaye de Foigny, acte n° XVII, fol. 166 r°-168 v° ( latin )



Commentaire rapide:

Ce long texte n'a jamais été édité. J'ai choisi de le donner ici en intégralité à cause de sa grande richesse. L'auteur de la donation pieuse, Hugues II, est attesté comme sire de Montcornet au cours du premier tiers du XIII°s.; Sa disparition , survenue entre 1230 et 1240, allait aboutir à la désintégration territoriale de la seigneurie, ses fils Gilles (Ier), Gérard, Hugues et Nicolas héritant respectivement de Montcornet (avec la suzeraineté sur tout l'espace de la châtellenie), du Châtelet, de Neufmaison et de Rimogne – Haudrecy ayant déjà été inféodé la génération précédente à un oncle de Hugues II, Nicolas. La bénéficiaire en est l'abbaye cistercienne de Foigny qui vient de s'implanter dans le coeur de la proto-industrie ardoisière naissance, à Rimogne-Le Châtelet, aux côtés de ses soeurs de Signy et de Bonnefontaine.

La charte apporte des informations de premier ordre tant sur l'économie des campagnes ardennaises dans cette zone si spécifique de la dépression de la Sormone et du plateau de Rocroi, que sur les conditions concrètes de l'implantation d'une grange monastique cistercienne.et de la mise en exploitation des ardoisières. Le sire Hugues II de Moncornet, alors en conflit avec les religieux à cause d'une aumône contestée de son père Pierre, abandonne aux religieux des pans entiers de ses ressources et prérogatives - le texte, suffisamment limpide à ce sujet, n'appelle pas de remarques particulières; rappelons simplement que le transfert se compose à la fois de droits, d'usages et de biens fonciers. Des donations d'une telle ampleur, dtéaillées avec une extrême précision afin d'éviter toute contestation de la part des héritiers, allaient se faire de plus en plus rares au cours des décennies suivantes; le relai allait être pris par la petite aristocratie de village, celle qui sort de l'ombre précisément au cours de ce XIII° siècle, mais dans des proportions infiniment plus modestes ...

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Retour aux sources... - Communauté : Le Moyen Age
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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 11 2009 10:28

Le chapiteau de la fuite en Egypte de

l'église de Juzancourt

 

 

(photo PS)

 

Le village de Juzancourt, aujourd'hui hameau de la commune d'Asfeld, a subi de lourdes destructions à l'occasion de la Première Guerre Mondiale. Au sortir du conflit, l'église n'était plus que ruines, et il a fallu la reconxtruire rapidement.; la tâche en fut confié à un entrepreneur local, M. Jouanny.

La partie la plus intéressante du nouvel édifice est sa façade occidentale. Son abondant décor en font ni plus ni moins un pastiche des oeuvres sculptées romanes.Ou, plus exactement, une réinterprétation , 8 siècles plus tard, dans un style populaire, comme le montre ce chapireau de la Fuite en Egypte qui orne l'une des colonnettes nord du portail. Le thème évoqué ici occupait une place de choix chez les imagiers du Moyen Age (il fut à l'origine d'oeuvres majeures – je pense en particulier au magnifique chapiteau de la cathédrale d'Autun), avant d'être repris par les peintres de la Renaissance et du XVII° s. Evidemment, à Juzancourt, la réinterprétation , dans un style quasi enfantin, renvoie à un Moyen Age tout à fait artificiel recréé à partir d'éléments puisés ici et là .

Les propos du décorateur n'en sont pas pour autant anodins, puisque le portail s'ouvre entre le chapiteau d'Adam et Eve, évocation de l'Ancien Testament, et celui-ci, qui renvoie aux Evangiles; l'archivolte s'orne aussi de 7 visages plus ou moins grimaçants, images possibles des 7 péchés capitaux.

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Images ... - Communauté : Le Moyen Age
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Mardi 27 octobre 2009 2 27 10 2009 11:21

 

Reconnaissance solennelle par Louis, comte de Rethel,de la validité de tous les actes passés entre ses prédécesseurs comtes de Rethel et l'abbaye de Saint Remi de Reims.

 

Date: 2 janvier 1295 (nouveau style)

 

 

« Tout d'abord, l'an du Seigneur 1294, le deuxième jour de janvier, Louis, comte de Rethel, premier fils de monseigneur Robert, comte de Nevers, et fils du comte de Flandre,a juré dans la chapelle de monseigneur l'abbé de ladite Eglise [ Saint Remi de Reims] , devant l'autel de ladite chapelle, respecter à l'avenir les chartes conclues entre la dite Eglise et ses prédécesseurs comtes de Rethel. Le serment a été prêté de manière suivante: il a juré lui-même en étendant sa main au-dessus des saints évangiles de Dieu.en disant: moi, Louis, comte, je jure de reconnaître |la teneur] des chartes faites entre l'Eglise de Saint Remi de Reims et les comtes de Rethel, et cela repose sur les évangiles. 

 

Etaient alors présents à cette prestation de serment dom Jean, abbé de Saint Remi, Roger, prieur, Thibaud, camérier, qui reçurent ce serment au nom de l'Eglise; Gilles, sous-prieur, Jean de Laon, Etienne, troisième prieur, Raoul d'Inchy, Bertrand de Brimontel, Garin d'Epinay, Hugues de Chancenay, Baudouin du Mans, Bertrand d'Epinay, Renier de Reims, moines;de même le comte de Nevers père dudit Louis, son fils Robert, Jean de Châteauvilain encore enfant, monseigneur Jean de Coucy, chevalier, maître Jacques, chevalier, maître Ponsard official de l'archidiacre Ruffin, maître Ponsard confesseur du comte, le châtelain de Beaumetz, Colin Li Arois, Robin Li Arois, Roger de Verny, clerc, Bausesson Li Arois, Hugues de Cauroy, maître Remi Chevalot, Pierre Normand son clerc, Gui fils du boulanger, Evrard le tavernier, Jean Marroy, Jean de Radouel, Simon de Châteauvillain, clerc, Jupin fils de Gui Bridel et tous les autres »

 

 

Source: G. ROBERT, Les fiefs de Saint-Remi de Reims..., pièce n° 169 (latin)

 

 

Commentaire rapide

 

Tout d'abord, il n'est sans doute pas inutile de d'apporter quelques éclairages sur les personnages cités dans le document.

- « monseigneur Robert, comte de Nevers » est aussi connu sous le nom de Robert de Dampierre. Né en 1249, il est le « fils du comte de Flandre » Guy de Dampierre qui ne mourra qu'en 1305. A l'époque du document, Robert ne tient donc que la terre nivernaise – depuis 1272, date son mariage avec Yolande de Bourgogne, héritière de Nevers, même s'il semble associé à son père dans la gestion de la Flandre

- « Louis, comte de Rethel» est le « premier fils » du précedént. Il a épousé en décembre 1290 la comtesse Jeanne, fille et héritièe du comte Hugues IV de Rethel. Considéré habituellement comme investi du comté de Nevers dès 1280, il n'est pas présenté ici comme tel, puisque cette terre semble encore bel et bien tenue par son père. Il ne recevra jamais la Flandre puisqu'il devait décéder quelques mois avant son père, en 1322, avec lequel il entretenait des relations difficiles.

- « Robert », cité parmi les témoins comme « fils du comte de Nevers » est le frère cadet de Louis, bientôt investi des seigneuries de Cassel et de Marle

- « Monseigneur Jean de Coucy, chevalier » s'apparente au lignage comtal de Rethel – son fils portera encore les deux rateaux emblématiques sur son sceau en 1324. Sa présence lors de la prestation de serment du comte Louis renforce l'approbation de l'épouse de celui-ci , absente à cette occasion

 

Intéressons-nous maintenant au contenu du document. Il relate une cérémonie solennelle indispensable au bon fonctionnement du système féodal qui prend place lors de l'avènement d'un nouveau seigneur, d'autant plus importante que celui-ci appartient à un nouveau lignage. Ici, Rethel entre dans la troisième maison comtale, celle des Dampierre/Flandre; un quart de siècle plus tard, Louis II, fils de Louis de Nevers, réunira entre ses mains les terres de Flandre, de Nevers et de Rethel, avant de trépasser en 1346 à la bataille de Crécy; l'ensemble, considérable, passera plus tard à la Maison de Bourgogne .

Le texte nous fournit quelques informations concrètes sur le déroulement de la cérémonie. Celle-ci revêt un caractère sacré, à la fois par le lieu (la chapelle privée de l'abbé, suzerain du comte) et par le rituel (le serment sur les évangiles). Elle se déroule aussi en présence de nombreux témoins; leur énumération ne manque pas d'intérêt, puisque l'on y rencontre à la fois des représentants des deux parties ,des vassaux de l'abbé, et des gens ordinaires, sans doute réquisitionnés à cet effet (dont le fils du boulanger …). Clercs, aristocrates, petit peuple, c'est la société médiévale en concentrée qui est ici mobilisée. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Pascal Sabourin - Publié dans : Retour aux sources... - Communauté : Le Moyen Age
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