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ardennes-medievales-450-1500

Vagabondage à travers l'actuel département des Ardennes pendant le millénaire médiéval, agrémentée de haltes diverses (sites, images, chartes traduites, ...)

Un site ... Omont

Omont

L'éperon médiéval d'Omont occupe une place tout à fait particulière dans le Moyen Age ardennais puisque c'est ici que s'est dessiné en grande partie le paysage politique régional.

 

Commençons par retracer les principales étapes de son histoire.

 

  • X° siècle. Un site stratégique régional de première importance. Au cours des deux dernières décennie du IX°s., l'archevêque Foulques de Reims (883-900) y élève une première forteresse, peut-être dans le but de protéger ses terres contre les raids normands, plus probablement pour implanter non loin du domaine royal de Vendresse un point d'appui bien utile dans la lutte qui l'oppose alors au roi Eudes , aux portes de la Francie (Omont est alors situé en Mouzonnais, c'est-à-dire en Lotharingie/Germanie). Peu après, Hérivée, son successeur, récupère par les armes la place forte qu'avait usurpée un voisin, le comte Erlebald de Castrice (un peu avant 920). Plongé au coeur des conflits autour du trône de France et du contrôle du siège archiépiscopal de Reims, Omont change 5 fois de mains en 8 années d'escarmouches (943-947). C'est dans ce contexte troublé que l'archevêque Artaud confie la garde de la forteresse à son frère Dudon et à son neveu (fils de Dudon ?), Manassès, cité pour la première fois en 960. Or, ce Manassès n'est autre que l'ancêtre du lignage comtal de Rethel.

  • Début du XI°siècle. Omont devient capitale de comté. Un comté tout à fait provisoire aménagé dans la partie occidentale du Mouzonnais, donc en Empire, par les premiers Manassès; une bulle pontificale de 1179 cite le « comté d'Omont » comme fief de l'archevêque de Reims; et au XIII°s., reprenant des sources anciennes, le chroniqueur Gislebert de Mons emploie encorel'expression « comte d'Omont » (au sujet d'événements survenus en 1071). La réalité de ce comté est par conséquent indubitable.

  • Années 1020. Omont, déclassé, devient un satellite du nouveau comté de Rethel. Un acte de l'évêque Rambert de Verdun, daté de 1026, cite une certaine Dada, « épouse du comte Manassès de Reitest (=Rethel) »: le lignage des Manassès vient de s'implanter en Porcien, dans la vallée de l'Aisne. L'ancien comté d'Omont devient la principale châtellenie de ce qui s'appelle dès lors le comté de Rethel. Tenu de l'archevêque de Reims (acte explicite de 1055), le territoire est d'ailleurs exclu, un siècle plus tard, de la suzeraineté qu'exerce le comte de Champagne Henri le Libéral sur le reste du comté de Rethel .

  (photo PS)

 


A quoi ressemble le centre de commandement d'Omont au XIII° siècle ? Plusieurs éléments se juxtaposent:

  • le château. Il n'existe aucun dessin ni plan du château anéanti trop tôt (fin du XVI°s.). D'importants travaux sont entrepris au cours du XIII°s.; une charte de 1207 oblige d'ailleurs les habitants de Singly à fournir charrois et corvées. Un acte de 1364 rappelle vertement aux vassaux de la châtellenie leurs obligations de garde. Une promenade sur le magnifique éperon qui domine d'une centaines de mètres les campagnes environnantes permet de découvrir une succession de plateformes et de fossés que permettent de décrypter tant bien que mal des panneaux explicatifs. Sur la plateforme terminale s'élevait la chapelle castrale, à l'emplacement de laquelle se trouve encore la pierre tumulaire de Jacques de Villers, gouverneur du Rethelois, décédé en 1477. Curieusement, le site ne comporte aucune trace de motte castrale, contrairement à ce que l'on peut encore rencontrer sur des éperons similaires (Bourcq, Autry, Rethel,...), ce qui laisse supposer qu'elle fut très certainement arasée.

  • Le prieuré. Fondé en 1095 par le comte Hugues Ier de Rethel et l'abbé de Saint-Vincent de Laon et placé sous l'invocation de saint (Ri)gobert, il avait succédé à un petit chapitre de chanoines. La dimension politique de l'éperon d'Omont se double alors d'un rayonnement spirituel . Peut-être ce prieuré castral était-il appelé à devenir un sanctuaire/nécropole dynastique pour le lignage comtal (à l'image de ce qui se passa à Chaumont-Porcien), mais la fondation quelques années plus tard par le même comte Hugues d'un deuxième monastère à Novy, puis à Rethel en 1118 embrouille considérablement cette perspective; la question allait être définitivement tranchée en 1148 avec l'implantation de l'abbaye d'Elan. Le prieuré de Saint-(Ri)gobert ne semble pas avoir connu une grande prospérité, à en juger par l'extrême pauvreté de la documentation archivistique..

  • Le village. Evidemment, à la lueur de la découverte d'une petite nécropole « barbare » sur l'éperon, on serait tenter à dater du dernier siècle de l'Empire romain l'implantation d'un noyau de peuplement à Omont. Les choses sont sans doute plus compliquées qu'il n'y paraît. Le toponyme ne plaide pas en faveur d'un peuplement gallo-romain ou franc. L'existence d'un domaine foncier à l'époque carolingienne semble, quant à elle, tout à fait exclue – le chroniqueur Flodoard, très au courant des réalités du diocèse de Reims, n'aurait pas manqué de le préciser (comme il le note au sujet de Vendresse). Il faut en tout cas attendre 1214 pour que s'affirme une communauté villageoise individualisée, jouissant de franchises, et dynamisée par l'existence d'une foire le lendemain de Pentecôte. Une foire au rayonnement très modeste, néanmoins.

     

 

En septembre 1591, l'armée royale commandée par Louis de Gonzague, duc de Nevers et de Rethel, assiège Omont tenu par des Ligueurs, qui capitulent à l'arrivée d'Henri IV. La vieille forteresse allait disparaître définitivement.


Mais l'histoire n'est pas terminée..


Automne 1789: Omont est choisi comme chef-lieu de canton. Extraordinaire survivance d'une structure territoriale née d'une féodalité que l'on venait d'abattre...

 

 

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