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ardennes-medievales-450-1500

Vagabondage à travers l'actuel département des Ardennes pendant le millénaire médiéval, agrémentée de haltes diverses (sites, images, chartes traduites, ...)

Un site… Manre

MANRE


A la lisière du village de Manre, à 200 m. de l'église, le rue qui conduit à l'ancien moulin ceinture un enclos circulaire délimité par un fossé en eau de 7 à 16 m. de largeur. La plateforme ainsi dessinée , haute de quelques mètres seulement., légèrement convexe, atteint une cinquantaine de mètres de diamètre au niveau de l'espace sommitale.


(photo P.S.)

 

 

Ces curieux vestiges sont ceux de la forteresse de Manre . Celui-ci avait été érigé dans un fond humide, à la confluence de l'Alin et du ruisseau des Tanneries, selon un schéma architectural différent de la motte castrale puisqu'il s'agissait d'une enceinte – à ma connaissance la seule qui subsiste dans l'actuel département des Ardenne. La structure n'était pas isolée; les plans cadastraux et la photographie aérienne mettent en effet clairement en évidence l'existence d'un vaste enclos fortifié greffé au château et au sein duquel s'est développé l'habitat villageois médiéval, à proximité de l'église. A l'instar de Bourcq, évoqué précédemment, Manre est donc un exemple de village castral, même si l'environnement présente des différences notables (site de hauteur à Bourcq, site de plaine ici)

 

 

 

 

(Source: Geoportail)

 

 

 

La première mention de Manre figure dans une charte de 1013, longtemps datée de 1008;

Ce document , analysé en détail par Michel BUR, revêt un grand intérêt puisqu'il nous renseigne sur la situation passée et présente de la potestas Menrae.: dans un premier temps, le domaine, terre de l'Eglise de Reims, a été remis par l'archevêque Arnould au duc Godefroid de Basse-Lorraine; celui-ci l'a ensuite cédé en fief à l'un des ses vassaux, le comte Hécelin [de Dormois-Grandpré]; puis de dernier en a investi un de ses hommes, le chevalier Gaucelin; or, Gaucelin a manifestement tiré parti de la forteresse pour opprimer la paysannerie du domaine en lui imposant « des exactions et autres mauvaises coutumes », alors qu'en tant que représentant , sur place, des avoués il était censé la protéger... Afin de mettre fin aux abus, le chapitre cathédral de Réims, dont dépendait le domaine, récupéra les droits d'avouerie ... après avoir indemnisé à la fois le duc Godefroid et le comte Hécelin. Pour finir, ledit comte fut ensuite à nouveau réinvesti de ladite avouerie selon des clauses plus clairement définies, et, théoriquement, à titre gracieux Solidement implanté à Manre, le lignage comtal de Grandpré ne tarda pas à faire de la forteresse le centre d'une châtellenie, toujours tenue en fief de l'archevêque de Reims.


Sept siècles et demi plus tard, l'ensemble gardait encore ses structures toute médiévales puisque l'aveu et dénombrement de 1762 mentionne « [le] château et maison seigneuriale … entourée de fossez, la basse courre dans laquelle sont les écuries et grange dépendantes dudit château avec le jardin potager et verger pareillement entourés d'eau » (Archives départementales de la Marne, dépôt de Reims, G 157, folio 574)


L'équipe du Professeur BUR a publié en 1972, dans le premier volume des Vestiges d'habitat seigneurial fortifié consacré au Bas-Pays argonnais, une fiche complète du site . Michel BUR a lui-même donné une étude sur Manre au Moyen-Age (« Menra, speculum temporis acti ») dans le passionnant recueil Campagnes médiévales: l'homme et son espace offert à Robert Fossier (Publications de la Sorbonne, 1995)


 

 

 

 

 

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