Remarques générales sur les maisons seigneuriales fortifiées de la châtellenie de Montcornet

Publié le par Pascal Sabourin

 

L'aveu et dénombrement de 1459 mentionne, sous des désignations différentes, huit maisons seigneuriales fortifiées:

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    • 1 « chastel »: Montcornet

    • 2 « forteresses »: Harcy, Lonny

    • 1 « forte maison et forteresse »: Wartigny

    • 2 « fortes maisons »: Haudrecy, La Motte-lès-Renwez, Sécheval

    • 1 « maison »: La Grève

       

La diversité de termes et expressions employés pour désigner ces bâtiments particuliers met incontestablement en évidence une hiérarchie dans la fortification, de la simple « maison » jusqu'au « chastel » réservé à l'autorité suzeraine, comte de Porcien ou sire de Montcornet, en passant par la « forte maison » et la « forteresse ». Il serait aventureux d'affecter à chaque terme un type de défense; je remarque quand même qu'une « forte maison » restait avant tout un bâtiment relativement simple, peut-être à hauts murs, en tout cas perché sur une plateforme fossoyée comme le laisse à penser l'enquête que j'ai menée pour les résidences seigneuriales de la veille de la Guerre de Cent Ans (1), et qu'une « forteresse » pouvait être un château en miniature, avec une enceinte flanquée de tours.

 

Evidemment, les maigres informations du texte de 1459 ne prennent sens que si elles sont confrontées à l'analyse de documents complémentaires. Ceux-ci sont essentiellement au nombre de trois: l'aveu et dénombrement de 1538 (2), les peintures réalisées par Adrien de Montigny pour illustrer les possessions des Croy au tout début du XVII° siècle (3) et le rapport d'Harmois de 1794 (4). Il y a une bonne trentaine d'années, Patrick CALVOZ a réalisé dans le cadre de son mémoire de maîtrise des relevés de terrain pour plusieurs sites (5); je reprendrai une partie de ses remarques.

 

Etablir la chronologie est assurément très délicat. Ce qui semble acquis, c'est l'antériorité de Montcornet, dont les plus anciens éléments repérés, en particulier la très rare aula seigneuriale, remontent à l'implantation du premier lignage châtelain, au tournant des XI° et XII° siècles. Si l'on respecte la trame de l'histoire, un siècle plus tard, un cadet des Montcornet s'enracinait à Haudrecy et devait y élever sa propre résidence. Dans la seconde moitié du XIII° siècle, l'implantation d'un autre cadet du lignage châtelain à Lonny aboutit sans doute au même résultat; en tout cas, une forte maison est citée en 1352. L'éclatement temporaire de la seigneurie de Lonny, à la même époque, fut probablement à l'origine de la création de la forteresse d'Harcy. Les autres réalisations ne remonteraient pas au-delà du début du XV° siècle, et une analyse minutieuse des événements survenus dans la châtellenie au cours de ces décennies particulièrement troublées devrait permettre d'affiner la trame chronologique.

Des travaux allaient être réalisés par la suite, dans la seconde moitié du XV° siècle et pendant les deux siècles suivants, réponse locale aux nouvelles épreuves qui devaient s'abattre sur la région – de même que l'on fortifia certaines églises (notamment Cliron ou Tournes). Mais les conflits mettaient désormais aux prises des Etats modernes, dotés d'armées publiques, et les fortifications issues du monde féodal ne pouvaient y trouver leur place: la guerre étant l'affaire du roi, le château du hobereau de village ne revêtait plus qu'une dimension symbolique. Mais une dimension symbolique suffisamment forte pour qu'on décida, à la Révolution, d'abattre ces vestiges de l'ancien régime « nuisibles aux intérêts de la République » s'ils n'offraient aucune utilité à la défense de la Nation.

 

 

 

Remarque: J'ai essayé de consigner sur les fiches de chaque édifice,les données brutes et leur interprétation. Certaines ont été assez faciles à établir, mais pour d'autres la formulation d'hypothèses de travail s'est avérée inévitable. Le château de Montcornet n'a pas été pris en compte.

 

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  1. Les résultats partiels concernant le comté de Rethel ont été publiés dans mon article « Enquête sur la petite aristocratie rurale ardennaise, début du XIII° siècle – milieu du XIV° siècle », Revue Historique Ardennaise, tome XXXVI, année 2003-2004, p. 3-33

  2. Archives du Palais de Monaco, T 677

  3. Jean-Marie DUVOSQUEL (sous la direction de) Albums de Croÿ - Tome II – Propriétés des Croy II, Editions du Crédit Communal de Belgique, 1988. Pour ce qui nous intéresse ici, il s'agit de l'album conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne (Autriche), Codex Vindobonensis, min.50, T.5, « Vues et perspectives différentes de la principauté de Porcien et du marquisat de Montcornet... », daté de 1607 et microfilmé aux Archives départementales des Ardennes sous la cote 1 Mi 190; les planches ont été commentées par Martine ILLAIRE, Directrice des Archives départementales des Ardennes.

  4. Rapport rédigé par l'adjoint au Corps du Génie de Mézières, Harmois, et adressé le 23 floréal An II (14 mai 1794) aux administrateurs de Libreville; il porte sur « la démolition des châteaux-forts et forteresses nuisibles aux intérêts de la République, ainsi que la conservation de ceux qui pourraient lui être utiles ». Il a été publié dans la Revue Historique des Ardennes, tome I, 1864, p.305-315.

  5. P. CALVOZ , Recherches sur l'habitat seigneurial fortifié dans les cantons ardennais de Renwez, Rocroi, Rumigny, Signy-l'Abbaye et Signy-le-Petit , mémoire de maîtrise, université de Reims, sans date [1974], 116 pages.

     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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