Le Moyen Age ... imposture ou réalité ?

500 – 1500. Un millénaire. 10 siècles. C'est long, le Moyen Age. Très long ! Comment peut-on imaginer un seul instant que les hommes de 1500 étaient les mêmes que leurs devanciers de 500 ? La notion de Moyen Age est une imposture intellectuelle, une période bouche trou coincée entre l'effacement de l'Empire romain et la découverte des Amériques. Tout ce que l'on peut rencontrer sur le Moyen Age, notamment sur la Toile, n'a donc de sens que si on prend la précaution préalable de se situer dans les 10 siècles médiévaux

 

Néanmoins, des constantes générales peuvent être dégagées, avec prudence. Tout d'abord, le millénaire médiéval, c'est peut-être avant tout des relations particulières entre l'Homme et son environnement naturel dont il tire son quotidien. Une lutte permanente pour apprivoiser, maîtriser, entretenir, soumettre à ses exigences vitales. Une lutte sans cesse remise en question, par les crises climatiques qui engendrent les famines, par les guerres qui s'accompagnent souvent d'un abandon plus ou moins durable des terroirs , la disparition de villages désertés par la population (notamment au XV° siècle). Une lutte , certes, peu à peu remportée par l'Homme grâce à la maîtrise de techniques nouvelles, mais à la victoire longtemps fragile jusqu'à l'affirmation de l'âge industriel … et la disparition des paysans dans les pays occidentaux.

 

La terre est par conséquent le fondement de la richesse et du pouvoir. Mais la mainmise sur la terre n'est rien si on ne contrôle pas les masses humaines qui doivent la mettre en valeur. Et jusqu'à la Révolution se pose la question, essentielle, de l'enrégimentement de la paysannerie, par les nobiles des grands domaines carolingiens, par les seigneurs féodaux, par les abbayes, par les nouveaux riches venus de la ville – voire, aujourd'hui par les grandes firmes agroalimentaires.

 

Et se pose alors une autre question, celle du pouvoir . De part toutes ces contraintes, l'exercice concret du pouvoir ne peut se faire qu'à l'échelle locale. Le millénaire médiéval est celui d'une atomisation du pouvoir. Mais celle-ci, non régulée, engendre l'anarchie, la dévastation des campagnes, la remise en cause des moyens quotidiens de subsistance. Il convient donc d'y mettre de l'ordre. Le rêve de restauration carolingien de l'ordre impérial ne dura pas un siècle. La hiérarchisation des liens d'hommes à hommes jeta les bases d'un nouvel ordre, féodal. Le système féodal permet de passer de l'échelle locale à l'échelle régionale, avant de se fondre, à vaste échelle cette fois, dans un nouvel ordre, celui de l'Etat monarchique.

 

Mais dans ce rapport de forces permanent s'impose un acteur essentiel: l'Eglise. Il s'agit de pacifier les relations entre les puissants, de protéger les faibles, de corriger les excès, de canaliser les pulsions. En un mot, stabiliser le bouillonnement de la société et la pousser sur le chemin du Salut. Quel que soit son état, curé ou évêque plongé au coeur du monde, moine ou moniale retiré à l'écart du siècle ou au contact quotidien du peuple, ermite réfugié au désert, béguine emmurée dans la ville, chacun, chacun concourt à sa façon au rayonnement de l'Eglise. La Parole de Dieu est omniprésente dans la société chrétienne d'Occident, du tympan sculpté au parchemin du scribe, du rythme de la journée à celui de l'année, de l'adoubement chevaleresque à la prestation d'hommage du vassal, des associations de prières aux confréries et aux métiers, de la porte de la chapelle seigneuriale à celle du sanctuaire paroissial, de celle de la maladrerie à celle de l'école, du nom donné au Chrétien qui vient de naître celui des saints que l'on invoque régulièrement.. Une foi intense, pour échapper aux attaques d'un Malin multiforme, une foi en perpétuel renouvellement, de Benoit de Nurcie à François d'Assise (et, bientôt, à Marguerite Porette), à la recherche de nouvelles expériences salvatrices, et une foi codifiée par des autorités, tant religieuses que politiques, soucieuses d'éviter que l'on ne s'égare sur des chemins trop radicaux et ne menace l'architecture de la société toute entière.

 

Mais le millénaire médiéval est aussi fécondé par une lame de fond irrépressible qui chamboule encore le monde actuel. Au bout de quelques siècles, la ville renaissante détourne et redistribue les marchandises qui parcourent des espaces de plus en plus vastes. Certes, la ville est juridiquement intégrée au réseau des pouvoirs féodaux, mais ses bourgeois entendent bien s'émanciper de ceux-ci: la ville rend libre ! Et les pouvoirs des seigneurs, laïcs ou religieux, sont obligés de composer avec cette catégorie de la société qui ne trouve pas place dans la vieille division tripartite de l'An Mil et qui concentre bientôt une puissance économique extraordinaire. Les franchises octroyées ou arrachées jettent les bases des premières libertés politiques . Une lame de fond qui aboutira, bien plus tard, à la Nuit du 4 août...

 

 

 

 

 

 

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